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Gabon : Oligui Nguema accélère la transformation minière

Administrateur LJDP 6 min de lecture

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema veut changer le modèle minier gabonais. Du manganèse au fer, il pousse la transformation locale des ressources afin de conserver davantage de valeur au Gabon. Une stratégie qui associe industrialisation, énergie, infrastructures, emplois et souveraineté économique.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema veut faire des ressources minières un levier d’industrialisation du Gabon. Son approche marque une évolution importante dans la gestion des matières premières. L’objectif consiste à dépasser progressivement le modèle fondé sur l’extraction et l’exportation des minerais bruts.


La doctrine défendue par le chef de l’État repose sur une logique économique claire. Extraire du manganèse ou du fer ne suffit plus. Une plus grande partie de leur transformation doit désormais s’effectuer au Gabon. Le pays veut ainsi conserver davantage d’emplois, de compétences, de recettes et de valeur ajoutée.


Cette orientation place le manganèse au cœur de la stratégie présidentielle. La décision d’interdire son exportation à l’état brut dès le 1er janvier 2029 constitue un tournant. Elle doit pousser les opérateurs à renforcer leurs capacités industrielles locales.


L’enjeu est considérable au regard des volumes produits. Le gouvernement table sur 9,525 millions de tonnes de manganèse en 2026. Les prévisions atteignent 10,346 millions de tonnes en 2027, soit une progression de 8,6 %. Pour Oligui Nguema, l’enjeu devient donc de transformer cette puissance extractive en puissance industrielle.


Le manganèse, premier laboratoire de la stratégie

Le partenariat avec Eramet et sa filiale Comilog occupe une place déterminante dans cette mutation. En juillet 2026, l’État gabonais et Eramet ont renforcé leur coopération industrielle. Trois scénarios doivent permettre d’étudier de nouvelles capacités de transformation au Gabon. Elles pourraient atteindre 700 000 tonnes supplémentaires par an à l’horizon 2031.


Cette évolution correspond à la politique défendue par Oligui Nguema. Le président veut augmenter la part de richesse produite localement autour des ressources naturelles. L’ambition concerne également le développement d’un tissu industriel gabonais autour des grands groupes miniers.


Une filière de biocharbon doit ainsi être étudiée à partir de ressources issues de l’industrie forestière. Un fonds industriel baptisé « Fabriqué au Gabon » accompagne également cette orientation. L’objectif consiste à favoriser l’émergence d’activités industrielles liées aux ressources nationales.


Nouvelle Gabon Mining participe aussi à cette dynamique. À Mounana, l’entreprise développe une nouvelle unité équipée de quatre fours industriels. Selon les autorités minières, entre 300 et 400 emplois directs pourraient être créés. La transformation locale devient ainsi un instrument de la politique économique présidentielle.


Bélinga, le projet qui peut changer d’échelle

Cette doctrine prend une dimension encore plus importante avec le fer. Le projet de Bélinga représente l’un des principaux piliers de cette ambition. Oligui Nguema en fait un projet structurant pour l’économie gabonaise.


Bélinga ne se résume pas à l’exploitation d’un gisement. Le projet associe la mine, le transport ferroviaire, les infrastructures portuaires et la production énergétique. Cette intégration traduit la nouvelle vision économique défendue par Libreville.


Les infrastructures annoncées comprennent notamment un chemin de fer minéralier d’environ 535 kilomètres. Un port en eau profonde est prévu à Kobe Kobe. Une capacité hydroélectrique de 400 mégawatts à Booué doit également accompagner le développement du projet.


À terme, les autorités évoquent une capacité pouvant atteindre 100 millions de tonnes de fer par an. Les hypothèses budgétaires prévoient déjà 1,5 million de tonnes de minerai de fer en 2027.


Oligui Nguema suit personnellement l’avancement de ce dossier stratégique. Le 29 septembre 2026, il a reçu une délégation conduite par Andrew Forrest, président exécutif de Fortescue. Les discussions ont notamment porté sur l’accélération de la mise en œuvre du projet.


Mais les ambitions gabonaises dans le fer dépassent Bélinga. Le gisement de Milingui présente également un potentiel considérable. Les autorités l’estiment à environ 500 millions de tonnes. Une première phase concerne 35 millions de tonnes de minerai à haute teneur.


Environ 530 emplois directs et plus de 1 000 emplois indirects sont annoncés autour de ce projet. Cette diversification pourrait progressivement ajouter le fer au manganèse parmi les grands moteurs économiques du pays.


Énergie, emplois et valeur ajoutée : le véritable défi

La stratégie d’Oligui Nguema rencontre cependant une contrainte majeure : l’énergie. Transformer un minerai demande beaucoup plus de moyens que simplement l’extraire. Il faut des usines, des équipements, des infrastructures logistiques et une alimentation électrique fiable.


L’accord conclu avec Eramet reconnaît cette réalité. La viabilité des nouvelles capacités industrielles dépend notamment de la disponibilité énergétique. L’État doit donc développer l’électricité parallèlement aux capacités minières.


Cette contrainte explique la conception intégrée de Bélinga. La mine dépend du chemin de fer pour transporter sa production. Elle dépend du port pour accéder aux marchés internationaux. Enfin, la transformation industrielle dépend directement des capacités énergétiques disponibles.


C’est ici que la stratégie présidentielle prend toute sa cohérence. Oligui Nguema cherche à construire simultanément plusieurs maillons d’une même chaîne économique : extraction, transformation, énergie, transport et exportation.


Le raisonnement repose également sur le partage de la valeur. Lorsqu’un minerai quitte le Gabon à l’état brut, une partie importante de sa valeur future est créée ailleurs. Raffinage, métallurgie et transformation industrielle profitent alors principalement aux économies étrangères.


Transformer davantage au Gabon permettrait d’en conserver une partie. Les retombées attendues concernent les emplois, la formation et la sous-traitance. Elles concernent également la fiscalité et l’émergence d’entreprises locales.


Cette politique comporte néanmoins des risques. Transformer localement ne garantit pas automatiquement la rentabilité économique. Les futures installations gabonaises devront rester compétitives face aux industries étrangères. Certaines bénéficient d’une énergie moins coûteuse et d’infrastructures déjà amorties.


Le financement représente un autre défi majeur. Mines, barrages, chemins de fer, ports et complexes métallurgiques nécessitent des capitaux considérables. Oligui Nguema devra ainsi concilier souveraineté économique et besoin d’investissements internationaux.


La dimension environnementale devra également accompagner cette industrialisation. L’augmentation des activités minières entraîne davantage de besoins énergétiques et logistiques. Elle impose aussi une meilleure prise en compte des territoires, des écosystèmes et des populations concernées.


L’échéance de 2029 constituera donc un premier test grandeur nature pour la politique d’Oligui Nguema. Les capacités de transformation devront progresser avant l’interdiction annoncée des exportations de manganèse brut. Dans le même temps, l’État devra avancer sur l’électricité, les infrastructures et la formation.


La stratégie engagée dépasse ainsi largement le secteur minier. Elle révèle une doctrine économique : le Gabon veut moins exporter ses ressources telles qu’elles sortent du sous-sol. Il veut davantage exporter la valeur créée à partir de ces ressources.


Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, le pari consiste donc à transformer la richesse géologique en puissance industrielle. Sa réussite ne se mesurera pas seulement aux millions de tonnes extraites. Elle dépendra surtout des usines construites, des emplois créés, des compétences acquises et de la valeur effectivement conservée au Gabon.